Bilan patrimonial

Comment arbitrer entre rembourser ses crédits et investir son épargne en fonction de ses objectifs patrimoniaux

Comment arbitrer entre rembourser ses crédits et investir son épargne en fonction de ses objectifs patrimoniaux

Comment arbitrer entre rembourser ses crédits et investir son épargne en fonction de ses objectifs patrimoniaux

Faut-il utiliser son épargne pour rembourser ses crédits plus vite, ou au contraire la placer pour la faire fructifier ? C’est l’une des questions qui revient le plus souvent en rendez-vous, et aussi l’une des plus piégeuses : la « bonne » réponse dépend moins des produits que de vos objectifs patrimoniaux.

Autrement dit, la vraie question n’est pas : « Quel est le meilleur calcul ? », mais : « Quel est le meilleur calcul pour moi, compte tenu de ma situation, de mes projets et de mon tempérament ? ».

Poser d’abord le cadre : de quels crédits et de quelle épargne parle-t-on ?

Avant de sortir la calculatrice, il faut faire un tri très simple.

Du côté des crédits :

Du côté de l’épargne :

On ne prend pas une décision d’arbitrage de la même façon selon que vous hésitez à utiliser :

Gardez donc en tête cette règle simple : on ne joue jamais avec son épargne de précaution pour rembourser des crédits. On raisonne uniquement sur l’épargne qui dépasse ce matelas de sécurité.

Le critère clé : comparer le coût du crédit au rendement net envisageable

Venons-en au cœur du sujet. Si je dois arbitrer entre :

intuitivement, je pourrais me dire que 4 > 2,5, donc j’investis. Sauf qu’il y a quelques pièges.

À chaque fois, il faut comparer :

Autrement dit, la bonne question est : « Qu’est-ce qui me crée le plus de valeur nette, à risque équivalent ? »

Et il faut ajouter deux paramètres souvent oubliés :

Voyons tout cela avec des cas concrets.

Crédits à la consommation : l’ennemi public n°1 de votre patrimoine

Ici, l’arbitrage est souvent très simple.

Sur un crédit renouvelable à 12 % ou un prêt auto à 5,5 % – pendant que votre épargne de côté vous rapporte 3 % brut sur un fonds euro – il n’y a pas vraiment de suspense :

En remboursant un crédit conso à 8 %, vous « gagnez » en quelque sorte un rendement certain de 8 % sur la somme utilisée pour le rembourser. Essayez donc de trouver un placement garanti à ce niveau là…

Dans 95 % des cas, tout euro disponible au-delà de votre épargne de précaution a intérêt à être utilisé pour solder les crédits conso. C’est l’une des façons les plus rapides de reprendre le contrôle de votre cash-flow et de vous remettre dans une dynamique positive.

Exception possible : si vous avez un crédit à taux très bas (offre promotionnelle ancienne) et une opportunité d’investissement professionnelle avec une rentabilité nette clairement supérieure. Mais dans ce cas, on n’est plus dans la gestion courante d’un foyer, plutôt dans la stratégie d’entrepreneur.

Résidence principale : rembourser vite ou investir à côté ?

C’est le terrain des débats sans fin, souvent très émotionnels. Regardons cela froidement.

Imaginons :

Option A : vous économisez des intérêts à 2,4 % « garantis ». Le capital se rembourse plus vite, la durée de crédit diminue, vous payez moins cher votre maison au total.

Option B : vous espérez, sur longue période, un rendement de l’ordre de 4 à 5 % par an net de frais (et avant fiscalité), mais :

Mathématiquement, si votre rendement net d’impôts est durablement supérieur au coût global du crédit, investir est plus rentable à long terme que rembourser. Mais ce « si » est la clé…

Mon approche, en pratique :

Un critère très concret : votre stabilité de revenus. Un couple de fonctionnaires n’a pas la même marge de manœuvre qu’un indépendant aux revenus fluctuants. Pour ce dernier, alléger ses charges fixes en raccourcissant la durée de crédit peut avoir une valeur très supérieure au simple calcul de rendement.

Enfin, il ne faut pas sous-estimer le paramètre psychologique : vivre dans un logement “vraiment à soi” est un objectif de vie autant que financier. Si rembourser plus vite vous apporte une vraie sérénité et un sentiment de liberté, c’est aussi un rendement, même s’il n’apparaît pas dans votre tableur Excel.

Immobilier locatif : ne pas casser le levier sans raison

Pour les crédits liés à un investissement locatif, la logique change complètement.

Votre crédit n’est plus seulement une charge, c’est un outil de levier qui vous permet de détenir un bien sans mobiliser tout votre capital, et dont :

Si vous utilisez votre épargne pour rembourser ce crédit par anticipation, vous :

Dans beaucoup de cas, il est plus pertinent de conserver le crédit locatif, surtout s’il est à un taux compétitif, et d’utiliser votre capacité d’épargne pour :

Attention toutefois à un point : la capacité d’endettement. Si vos crédits locatifs saturent votre taux d’endettement et vous empêchent d’obtenir un financement pour un projet prioritaire (par exemple votre résidence principale), un désendettement ciblé peut redevenir intéressant, non pour le rendement immédiat, mais pour débloquer une opportunité.

Prendre en compte la fiscalité : un arbitrage souvent sous-estimé

La fiscalité agit comme un filtre entre ce que vous pensez gagner et ce que vous gagnez réellement.

Quelques repères :

Par exemple :

Tout arbitrage doit donc se faire en net de fiscalité, des deux côtés de l’équation. Sinon, vous raisonnez avec des chiffres qui vous mentent un peu.

Aligner l’arbitrage avec vos objectifs patrimoniaux

Revenons au point de départ : vos objectifs patrimoniaux. Ce n’est pas la même chose de viser :

Quelques profils typiques que je rencontre souvent :

1. Le profil “tranquilité d’abord”

Il accepte parfois de sacrifier un peu de rendement financier potentiel en échange d’un rendement émotionnel très élevé : la sérénité.

2. Le profil “investisseur long terme”

Il accepte une certaine volatilité et une complexité plus grande en échange d’un potentiel de croissance renforcé.

3. Le profil “flexibilité de vie”

Pour ce profil, l’arbitrage ne se joue pas uniquement sur une comparaison de taux, mais sur la capacité à rendre son budget souple au moment voulu.

Une méthode simple pour arbitrer, pas à pas

Pour vous aider à trier concrètement, voici une démarche pragmatique à appliquer chez vous :

Cette démarche a un avantage collatéral : elle vous obligera à mettre vos chiffres à plat, et souvent, rien que ce travail de lucidité fait déjà gagner plusieurs années dans la construction de votre patrimoine.

En résumé : des règles de base… et du sur-mesure

Si l’on devait retenir quelques principes directeurs pour arbitrer entre rembourser ses crédits et investir son épargne, ce seraient ceux-ci :

Et si, malgré tout, vous hésitez entre plusieurs scénarios ou que vos projets se télescopent (achat, travaux, études des enfants, création d’entreprise…), c’est probablement le signe que vous avez franchi le seuil où quelques simulations rapides ne suffisent plus. Dans ces cas-là, un vrai bilan patrimonial, structuré et personnalisé, permet de remettre chaque pièce du puzzle à sa place… et de prendre vos décisions d’arbitrage avec beaucoup plus de sérénité.

Quitter la version mobile